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Arrosage automatique au goutte à goutte autorégulant : l’économie d’eau ultime !

Pendant longtemps, je me suis débrouillée avec un tuyau et des arrosoirs, c’était même encore le cas l’année où j’écrivais « Mon fabuleux jardin en permaculture ».

Le système est simple à mettre en place (forcément) mais vite épuisant et chronophage : car si verser quelques arrosoirs dans des sillons sous les premières caresses du soleil printanier est un régal, ce n’est déjà plus la même limonade quand on doit y passer 2H par jour en plein cagnard mi-juillet… là, la corvée d’arrosage se transforme plutôt en épreuve de force, pas tellement bonne pour la santé du reste, car dans la vie soit l’on fait du sauna, soit l’on fait de la salle de muscu avec des haltères de 10kg en soulevé de terre/deadlift/fente avant/hammer curl/front raise/ triceps kickback et rebelote pendant 2H non-stop, mais rarement les deux en même temps…

Alors un jour, j’en ai eu marre de rentrer tous les matins en nage à la maison après avoir arrosé de 7 à 9, rouge comme une écrevisse hollandaise échouée sur une plage de la Côte d’Azur, et abrutie de fatigue avant même d’avoir commencé la « journée de travail ». Mon époux m’a alors proposé un arrosage oscillant par aspersion (très simple à installer vu qu’il suffit de le poser au sol). Certes, il a l’intérêt de rafraichir les légumes qui aiment ça (salades, choux, etc.) en période de canicule, mais j’y ai vu deux gros inconvénients : entre la perte d’eau énorme (il y a ce que le vent emporte, ce qui tombe à côté du potager, ce qui imbibe le paillage ou les feuillages avant que l’eau n’arrive enfin jusqu’à la terre, ce qui mouille inutilement les allées…) et le risque accru de maladies cryptogamiques (sur certaines cultures comme les tomates, il faudrait être singulièrement optimiste pour arroser les feuillages plusieurs fois par semaine en espérant ne pas choper le gros lot !), on constate vite que c’est peut-être simple, mais loin d’être une panacée (et c’est pourtant hélas ce qu’on voit le plus, arrosant allègrement chaque été d’innombrables gazons qui ne nourrissent même pas ceux qui dépensent tant d’eau pour eux…)

Nous donc avons testé le tuyau microporeux.

Après 5 étés d’expérience, je peux vous faire un retour en toute objectivité : ce qui est assez satisfaisant, c’est qu’en suintant sous les paillages ce système optimise la moindre goutte d’eau apportée au plus près des racines.

Mais ce n’était pas encore l’idéal pour nous qui devons arroser de grandes longueurs, et voici pourquoi : certaines portions de microporeux (souvent celles placées loin du départ d’eau, mais parfois même des lignes situées en début ou milieu de circuit, sans la moindre explication « rationnelle ») décident de ne pas suinter autant que les autres… avec de très grosses différences, au point que certaines portions ne suintent presque pas ! Pour que les lignes de légumes alimentées par un de ces tuyaux microporeux « fainéants » ne crèvent pas de soif, j’étais donc obligée de « sur-arroser » tout le potager.

Et encore ! Notre eau n’est pas calcaire… il paraît que sinon c’est encore plus pénible, vu que le microporeux se bouche rapidement (chez nous il n’était pas bouché, juste capricieux).

Pour les plus petits potagers, en contexte d’eau peu calcaire et de terrain très plat (car la moindre taupinière à escalader contrarie le débit d’une ligne), le microporeux reste très intéressant, moi-même je l’utilise encore cette année pour les courges.

Mais l’eau est une ressource précieuse, de plus en plus chère et rare, et nous avons donc cherché autre chose d’encore plus économe, tenant compte des difficultés que nous rencontrions « sur le terrain ».

Car ce qui nous compliquait un peu la donne c’est que nous avons :

-Un débit assez faible, mesuré à environ 14 litres par minutes

-Une multitude de lignes à arroser (49 lignes en tout sur les 2 potagers, mesurant chacune entre 2 et 7m de long, ce qui totalise presque 240m linéaires). Or le microporeux a ses limites en matière de distances : il convient bien aux petits potagers, mais dans notre cas, à moins de faire 8 secteurs différents pilotés par un programmateur high tech aux allures d’un tableau de bord d’avion de chasse, avec déclenchements successifs de chaque secteur, électrovannes qui s’ouvrent et se ferment automatiquement à la fin du temps imparti, etc. (or nous, on voulait du simple, du « qui ne tombe pas en panne ») il aurait fallu qu’on pense à le faire manuellement 8 fois chaque jour… tout l’été.

Après maintes et maintes recherches (M. Chioca est maintenant titulaire d’un doctorat en arrosage automatique ^^), il a fini par conclure que dans la jungle impitoyable des tuyaux (microporeux, micro-suintant, goutte à gouttes, autorégulant, micro-asperseur, capillaire, micro-jets, goutteur auto-perçant, à vaporisation, à nébulisation…) le plus adapté pour nous était probablement :

-Le goutte à goutte (pour que l’eau soit apportée au plus près des racines, sans perte dans l’atmosphère)

-Autorégulant, pour que chaque ligne de légumes reçoive la même quantité d’eau, oui, même celle tout au bout du bout du potager (l’autorégulant que nous avons choisi, qui compense les variations de pression au sein du circuit, maintient un débit constant d’environ 2,2 à 2,3l d’eau par heure sur chaque goutteur).

-Anti-siphon : cela empêche l’aspiration de terre ou de débris à l’intérieur du goutteur lors du vide d’air se produisant toujours au moment de l’arrêt de l’irrigation.

-Anti-obstruction : ce qui assure une longévité accrue

-Durable (pour ne pas avoir à racheter le matériel tous les deux ans)… du moins tant qu’on n’y met pas un grand coup de grelinette malencontreux, comme cela m’arrive souvent (heureusement, il est très facile de réparer avec un petit raccord).

Une fois cette quête théorique terminée, il a fallu en débuter une autre, très pratico-pratique : dans les jardineries (même spécialisés en agricole, il y en a beaucoup chez nous), l’offre est généralement nullissime, inutilement chère, avec de redoutables problèmes de stock (genre, 1 bouchon en rayon, génial…) et les pauvres vendeurs à qui l’on pose nos questions nous « répondent » en roulant des yeux aussi paniqués que si l’on faisait nos courses déguisés en doryphore géant. La plupart ne savent même pas combien débitent les goutteurs des tuyaux qu’ils vendent… à se demander s’ils ont bien compris qu’il y avait des trous dans le tuyau, on ne sait jamais, cela aurait pu être des petits lutins sortant la nuit avec des arrosoirs.

Pour une fois (de plus) Google a (malheureusement) été notre ami, et c’est chez Triangle Outillages que nous avons trouvé notre bonheur. Triangle est une petite entreprise française, au départ spécialisée uniquement dans le milieu professionnel de l’agriculture, maraichage, arboriculture, etc. et qui accepte maintenant (comme mon partenaire Comptoir des Jardins) de mettre ce matériel de qualité à portée des particuliers. Et c’est bien appréciable, car sur beaucoup de sites « pro » agricoles, on ne peut pas commander sans devoir renseigner au préalable son numéro de Siret/MSA/plaque d’immatriculation du tracteur/prénom de la matriarche du troupeau/derniers résultats du contrôle laitier, ni devoir mettre au panier 4,5km linéaires de l’article qu’on cherche pour notre modeste potager familial).

Heureusement je connaissais déjà Triangle, découvert ce printemps lors de ma formation sur les arbres fruitiers auprès d’un arboriculteur bio de ma région.

Je ne vous cache pas que Triangle m’a entre temps proposé un partenariat (j’ai pu demander un petit code promo, vous le trouverez en fin d’article) : cet article n’est pas rémunéré, mais le matériel m’a été offert, je préfère le préciser en toute transparence. Mais même si cela n’avait pas été le cas, j’aurais tout de même probablement passé commande chez eux car chaque article proposé par Triangle est fiable, trié sur le volet afin d’être le plus robuste de la gamme, testé par leurs soins ou des professionnels. Nous pouvons de plus appeler le service-client pour obtenir un conseil de qualité, et cela est assez rare pour le signaler : j’en ai eu besoin ce printemps pour une histoire urgente et problématique de voiles antigel, et sans que personne ne sache que j’étais « Marie Chioca » j’ai été conseillée avec beaucoup d’attention et de professionnalisme par un type poli, attentionné, expert, patient… et super compétent ! Il a réussi à faire partir mon colis en 24H chrono, mais pour cela il a d’abord vérifié que l’on puisse passer par un transporteur plutôt qu’un autre, ce qui a nécessité de choisir une autre dimension de voiles et de les plier (ils l’ont fait !), car le transporteur le plus rapide n’acceptait pas de colis trop longs ^^. À 24H près, ça a sauvé tous mes abricots d’un coup de gel à -3,5°C en pleine floraison !

(Et pour ceux qui n’aiment pas acheter sur internet, il existe même un catalogue papier avec possibilité de commander au téléphone !)

Voici donc, en pas à pas, ce que nous avons choisi et installé. J’essaye d’être la plus précise possible (désolée si les photos ne sont pas aussi « poétiques » que d’habitude : pour me « racheter », le prochain article sera sur mes sublimes hémérocalles ^^) :

=>Étape 1, faire des maths (un peu) afin de calculer la longueur totale à arroser. Pour nous, cela fait 49 lignes, 230m linéaires en tout.

=>Étape 2, mesurer (avec un arrosoir par exemple) son débit d’eau par minute, et donc par heure. Chez nous, ça débite à 14l par minute, donc 840l par heure. Car il faut savoir que les goutteurs autorégulants, selon les marques, débitent entre 1 et 5l à l’heure, mais pour que l’autorégulation fonctionne il faut que le débit disponible soit approprié au nombre total de goutteurs. Je vous explique :

Dans notre cas précis, pour 230m de tuyaux dont les goutteurs sont placés à 35cm de distance, cela nous fait 657 goutteurs.

657 goutteurs qui débitent chacun à 2,3 litres à l’heure = 1511 litres à l’heure de débit nécessaire pour arroser les deux potagers en même temps. Or, avec nos 14l à la minute, nous n’avons qu’un débit de 840 litres à l’heure : pas assez pour alimenter les deux potagers. Nous avons donc fait 2 secteurs :

-le potager du haut (110m linéaires, donc 314 goutteurs X 2,3l, soit 722 litres débités à l’heure : avec nos 840 litres de débit/heure on est bons !)

-et le potager du bas (120m, 342 goutteurs, 788 litres à l’heure, on est bons aussi).

Note : l’autorégulant fonctionne même si le terrain est un peu vallonné, et ça, ça fait vraiment la différence avec le microporeux qui arrête de goutter correctement dès qu’il est surélevé par la moindre taupinière !

=>Étape 3, connaître la pression de son réseau, car l’autorégulant que nous souhaitions adopter fonctionne à 4 bars maximum, au-delà il faut un limiteur de pression. Nous, avec 3,5 bars on était bons.

(Je ne connais en revanche pas la pression minimum de fonctionnement d’un autorégulant : il serait intéressant de le tester à basse pression, sur une barrique de récupération de 1000l légèrement surélevée par exemple. Pensez bien dans ce cas à filtrer l’eau afin que les impuretés ne bouchent pas le système.)

Vérification de la pression du réseau

=>Étape 4, lister le matériel nécessaire.

On avait déjà un compteur (facultatif, pour vérifier le nombre de litres utilisés en tout dans le jardin), un programmateur manuel (facultatif aussi, ceux qui préfèrent les systèmes plus sophistiqués trouveront leur bonheur chez Triangle), les deux départs en tuyau de diamètre 20mm (un pour chaque potager), les bouchons de bout de tuyaux.

On a commandé (je vous ai mis tous les liens pour que vous puissiez voir les articles) :

-Le tuyau d’alimentation en 20mm (celui, noir, qui borde les potagers et alimente chaque tuyau goutte à gouttes autorégulant)

-La longueur nécessaire de tuyau goutteur autorégulant en 16mm (ceux, marrons, qui vont irriguer chaque ligne de légumes).

Les « tés » qui permettent de raccorder chaque ligne d’autorégulant (de diamètre 16mm) au tuyau d’alimentation (de diamètre 20mm). Il en existe de type « cannelés », moins chers, mais ça casse et ce n’est pas démontable (voir photos plus bas) : nous avons donc opté pour des tés de type « Lock » ultra démontables et durables. C’est important car chaque année, nous laissons le gros tuyau d’alimentation, mais nous démontons les lignes avant l’hiver.

-Quelques bouchons de fins de ligne (pour compléter ceux qu’on avait déjà)

-Les bouchons pour les tés au moment du démontage hivernal (sinon, les insectes ou des cochonneries les bouchent parfois, voir photos plus bas).

-Des vannes pour couper certaines lignes n’ayant pas besoin d’être irriguées aussi souvent : exemple, les choux ayant beaucoup plus besoin d’eau que les poivrons, il est intéressant de pouvoir parfois couper la ligne de poivrons par esprit d’économie d’eau.

-Des piquets de fixation pour maintenir les tuyaux bien droits.

Départ avec le robinet général, le programmateur, et les deux vannes secteur.

=>Étape 5 : l’installation.

C’est encore plus simple que le Mécano de quand vous étiez petits. On déroule et on fixe le gros tuyau d’alimentation le long du potager, on coupe à la pince (on avait déjà la nôtre) pour insérer chaque té là où l’on veut qu’une ligne de goutte à goutte parte vers le potager (le montage des tés est très intuitif, le serrage se fait à la main, même moi j’ai compris), on déroule les tuyaux goutte à goutte le long des lignes de légumes, on les fixe sur les tés pour les raccorder au gros tuyau noir d’alimentation, on pose un bouchon en bout de ligne, et c’est tout !

=>Étape 6 : encore (un peu) de maths, afin de déterminer combien de temps laisser l’eau couler sans gaspillage.

Exemple pour mon potager du haut :

J’ai 110m de tuyaux linéaires. Soit environ 315 goutteurs. J’ai constaté que chaque goutteur irrigue un cercle d’environ 20cm de diamètre autour de lui, soit 0,0314m2 (en sols très sableux ça peut être moins, en sol très argileux, plus).

0,0314m2 X 315 goutteurs = 9,89m2 seulement à arroser pour de bon (10m2 pour arrondir), au lieu des 60m2 (!) de potager total comptant les allées, les interlignes, etc.

Car ce qu’on veut arroser réellement, c’est juste les lignes de légumes), sans gaspiller l’eau dans les allées.

Si je veux que mon potager reçoive l’équivalent d’une bonne pluie de 20mm (soit 2 arrosoirs au mètre carré, ce qui est bien pour un sol avec des sables et des limons comme le mien) et bien je multiplie tout simplement 10m2 X 20l, ce qui nous fait 200l à apporter en tout, par arrosage au tuyau goutteur, dans mon potager du haut.

Rappelant que mon débit est de 14l, je calcule donc 200l d’eau divisés par 14 litres (par/min), ce qui nous donne 14,2 minutes d’irrigation pour que mes légumes reçoivent au niveau des racines l’équivalent d’une pluie de 20mm.

Pas une goutte d’eau n’est gaspillée… je brancherai donc un quart d’heure, contre trois quarts d’heure les années passées pour que chaque ligne soit irriguée correctement, y compris les abandonnées du fond ou des tuyaux grévistes…

Pour faire un test, j’ai vérifié avec mon compteur : à 20l près on est juste, cela dépend si un gentil cornichon familial a décidé de prendre sa douche en même temps à la maison (ou pas), ce qui fait légèrement baisser le débit ^^

Tout cela bien sûr c’est pour chez moi, et cela peut varier un peu en fonction de votre débit, de votre type de sol, etc. 😉

Je surveillerai aussi cet été que les parties non arrosées du potager, devenues entre temps bien sèches, ne « pompent » pas trop l’eau des lignes irriguées. Si besoin je laisserai l’eau couler un peu plus plus longtemps, en vérifiant la profondeur réelle du bulbe d’eau au niveau des légumes.

=>Étape 7 : On savoure le bonheur de voir les gouttes s’écouler de partout, de façon homogène, les lignes se mouiller régulièrement…

=>Étape 8 : On paille ! Afin que la moindre goutte de cette précieuse eau soit valorisée…

D’autres images pour mieux comprendre :

Sur ce banc, petit mémo du matériel mis en oeuvre : piquet de fixation, tuyau d’alimentation 20mm, tuyau goutteur 16mm, bouchons, té monté, 2 types de vannes (la première est à brancher directement sur le té, la 2ème à placer au milieu d’une ligne autorégulante).
Arrosage à l’arrosoir tant que mes barriques de récupération sont pleines, afin de ne pas gaspiller l’eau du ciel ! L’arrosage avec l’eau du réseau c’est uniquement quand les réserves sont épuisées, ou les journées à emploi du temps trop serré. Ce petit chou kale est tout joyeux de prendre une douche… quand il fait chaud, ils aiment tellement l’eau sur les feuilles !

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