Lors de mon article de mai sur les fleurs comestibles, je vous avais promis de revenir vous causer un peu de mes hémérocalles…
Parmi toutes les fleurs de mon jardin, pourquoi les hémérocalles en particulier ?
Parce qu’avant d’en arriver à aimer ces grosses fleurs aux teintes vives, il m’a fallu du temps ^^. Et si elles ont finalement réussi à me séduire, c’est parce qu’elles le méritent amplement !
Petit flashback.
Celles et ceux qui ont lu le livre « L’art du Fooodscaping » savent déjà que lorsque j’étais enfant, ma grand-mère faisait une sorte de concours tacite « du plus gros dahlia » avec ses voisins. Plus ils étaient énormes, échevelés, criards et moches (les dahlias, pas les voisins) et mieux c’était.
Bon, et bien ça c’était avec le voisin de gauche (rien à voir avec ses opinions politiques, juste sa position par rapport au jardin de ma grand-mère). Parce qu’avec le voisin de droite*, c’était battle d’hémérocalles ! Les bonnes grosses hémérocalles orange façon « gilet de sauvetage d’Alerte à Malibu ». Et oui, dans les années 80 on n’avait pas bien compris le concept de la couleur qui ne fait pas saigner les yeux, et quand je me souviens des teintes de notre vaisselle, de nos cartables, de nos vêtements, de nos groles, de nos peluches (oui, dans les années 80 les ours étaient rose bonbon, les ânes vert pomme, les chiens bleu électrique ma p’tite dame) je crois que si un obtenteur s’était pointé en annonçant « Hep regardez les gars, j’ai réussi à créer une hémérocalle rose poudré avec un cœur délicatement abricoté pastel », la plupart des jardiniers auraient manifesté leur manque d’ébahissement par un « pfff » désabusé, avant de demander si elle ne se faisait pas en violet fluo, jaune moutarde ou bleu garage.
C’était une autre époque… et je crois que finalement, je la préfère encore à la grisitude actuelle (mais on s’éloigne du sujet : c’est un blog de jardin ici, pas un blog de déco ^^).
*Il s’appelait monsieur Troncal le pauvre, est à force d’entendre parler des « hémérocalles à Troncal » on ne savait plus si cette fleur s’appelait une hémérocalle ou un troncal !).

Pour ma part, je trouvais donc ces tronca… ces hémérocalles orange un peu voyantes, et je m’étais bien promis que dans mon jardin « de quand je serai grande », seules les fleurs que je considérais comme très poétiques (type roses anciennes, glycines, pivoines, bleuets, pavots et autres délicats cosmos) auraient leur droit d’entrée.
Environ 40 ans plus tard, mon jardin « de quand je suis grande » a été investi de toutes sortes de dahlias, et depuis 2 ans par de grandes hémérocalles. Je commence même à aimer le jaune et l’orangé, qui sont finalement si joyeux.
Et non, ce n’est pas pour concourir avec mes voisins ^^.
C’est juste que, les années passant avec leur lot de galères, d’étés secs, de ravageurs, de canicules, de gelées de fou jusque tard au printemps, etc., je deviens beaucoup plus prosaïque : une fleur qui sait rester belle sans que l’on soit obligé de la maintenir sous perfusion et lui faire un massage cardiaque dès que la température dépasse 30°C mérite qu’on lui témoigne un peu d’intérêt !
Ainsi en est-il des dahlias (que j’ai appris à aimer, surtout ceux à fleur simples comme des cosmos, ou tout ronds à tête de pivoine : je ne me suis pas encore faite aux gros monstres façon anémone de mer cramoisies de la taille d’une assiette par contre), et des hémérocalles !

Je vais maintenant vous expliquer un peu l’itinéraire de culture d’une hémérocalle, et vous allez voir comme c’est compliqué (à réserver aux jardiniers accomplis seulement !) :
Etape 1/ Plantez votre hémérocalle en automne ou au printemps dans un petit trou au soleil ou à mi-ombre, arrosez.
Etape 2 / Surveillez que les escargots ne boulottent pas les jeunes feuilles, puis paillez le pied de vos hémérocalles en juin.
Etape 3 / Ben y’en a pas.
Ni taille, ni engrais (ou alors juste un tout petit peu d’engrais spécial fleurs juste avant la floraison), ni rabattage, ni protection en hiver, ni arrosage (à la limite un peu d’eau lors des épisodes particuliers comme en ce moment car les hémérocalles peuvent survivre lorsqu’il fait sec, mais fleurissent mieux avec un peu d’eau).
Et en échange de tous ces non-bons soins, l’hémérocalle vous comblera de fleurs, sur plusieurs semaines ou mois (selon les variétés, certaines peuvent fleurir de mai aux gelées). Oui, chaque matin, cette brave plante formera inlassablement de nouvelles fleurs aux allures de lys, et tous les 4 ou 5 ans vous pourrez même la diviser pour obtenir de beaux plants gratuits !

Et savez-vous quelle est la cerise sur le gâteau ? Les fleurs de l’hémérocalle sont non seulement comestibles, mais aussi tout à fait délicieuses !
Lors de cet article, j’ai écrit que la plupart des fleurs « comestibles » sont souvent seulement intéressantes d’un point de vue esthétique : mais celles d’hémérocalles font partie, à l’instar des fleurs de capucine (poivrées), de bourrache (iodées) ou de feijoa (« fraisées »), de celles qui ont un vrai petit caractère : elles sont un peu sucrées, poivrées pour certains cultivars, dans tous les cas croquantes, charnues, je les mange vraiment avec plaisir ! Et sans la moindre culpabilité, vu que la fleur d’hémérocalle fane de toute façon dès le soir (et oui, l’autre petit nom de l’hémérocalle est « Lys d’un jour »).
D’ailleurs, toute la plante est comestible : la fleur épanouie, le bouton floral, le turbercule (comme une pomme de terre)… tout je vous dit : le permaculteur Rémi Kulik, qui cultive une forêt-jardin, cuisine même les feuilles tels des haricots verts 😉
Pour ma part, après avoir longtemps hésité sur les innombrables cultivars d’hémérocalles, j’ai opté pour la ‘Double Dream’, la ‘Everydaylily Bronze’, la ‘On and On’, la ‘Rosy Returns’, la ‘Siloam Double Classic’, et la ‘Lacy Doily’ : je cherchais des floraisons longues, un port un peu altier (environ 70 à 80cm), et des couleurs assez douces ;). Je les avais commandées à l’époque sur le site Promesse de fleurs (article non rémunéré) qui propose un énorme choix.
Ma « recette » préférée consiste à les croquer sur place, mais vous trouverez facilement sur internet toutes sortes de recettes de beignets : il paraît que les japonais en sont friands, je peux les comprendre mais pour ma part je ne fais plus de beignets : maintenant que j’ai compris combien les huiles de graines type tournesol sont néfastes pour la santé, il faudrait que je sacrifie un baquet d’huile d’olive ou de coco, c’est un peu onéreux. Les fleurs d’hémérocalles, je les ajoute donc dans les salades, dans les omelettes, et je les cristallise pour décorer mes desserts.
Je vous montre ça en images 🙂



























Bonus : les hémérocalles en quelques infos insolites :
-L’hémérocalle ‘Stella de Oro’ est une variété naine qui peut être cultivée en bordure ou en bac : je l’ai longtemps eue dans mon jardin, avant de la déplanter pour l’offrir à une amie (je refaisais mon massif et je n’y voulais pas de jaune ^^).
-Une hémérocalle peut vivre plus de 10 ans !
-Le feuillage, long et fin, forme d’amples touffes bien denses qui ne laissent aucune chance aux mauvaises herbes !
-Elles sont vivaces, et résistent au froid.
-Elles se multiplient pas division de touffe, ou en replantant la prolifération de petits plantules qui poussent parfois sur la tige florale.
-Selon les variétés, les fleurs peuvent mesurer de 7… à plus de 20 cm de diamètre !
-L’hémérocalle ‘Citrina’ se pare d’un parfum de muguet.
-L’hémérocalle la plus réputée pour sa saveur est la ‘Buttercup’.
-L’hémérocalle préférée de Marie Chioca est, à ce jour, ‘Lacy Doily’ 🙂



Marie, à chaque nouvel article sur ce blog je rajoute une ligne à ma liste d’envies de plantes ! Et dans mon jardin du Finistère, au climat océanique clément il n’y a pas si longtemps, la nécessité d’adapter mes plantations aux chaleurs et sécheresses à venir se fait plus forte chaque année : merci donc pour cette belle découverte !