Un article un peu « piquant » aujourd’hui, en l’honneur de ces petites bombes du potager qui nous font parfois pleurer, mais vers lesquelles -mystère ! – nous retournons pourtant si volontiers.
C’est qu’ils ont l’air si innocents, les mignons… Un peu comme des bébés poivrons bien sages, bien brillants, si attirants dans leur petit costume rouge qui accroche les éclats du soleil estival. Mais qu’un jardinier distrait les confonde avec un poivron à salade, et l’on assistera au repas suivant à une drôle de scène : toute une famille rouge et larmoyante, se précipitant en haletant la bouche ouverte vers la carafe ou carrément le robinet (spoiler : ça ne sert à rien, pour éteindre le feu mieux vaut dans ce cas une bouchée de pain avec de l’huile d’olive).
Vous le savez très probablement déjà, mais la force des piments est évaluée selon l’échelle dite « de Scoville », allant de 0 (le poivron doux) à plus de 3 millions (le piment ‘Pepper X’, mais à stade c’est immangeable). Sur cette échelle, les délicieux piments de Bresse et d’Espelette se situent par exemple entre 1000 et 3000, la sauce Tabasco entre 2500 et 5000, le piment de Cayenne entre 30 000 et 50 000, le ‘Habanero’ antillais et le ‘Cabri’ de la Réunion entre 150 000 et 325 000, etc.
Pour ma part, ce que j’aime dans un piment c’est son parfum aromatique inimitable, et pas forcément le « délire de m’éclater la tronche » comme si un CRS fou avait assaisonné ma ratatouille à coups de bombe lacrymogène.
Après avoir testé plein de piments différents à mes risques et périls ^^, je suis donc plutôt fana du ‘Gorria’ (celui qu’on appelle aussi « Piment d’Espelette » lorsqu’il est cultivé dans le terroir adéquat) et je ne plante plus que lui. Mais si un jour je trouvais des plants, je testerais aussi volontiers le ‘Bresse’ dont on m’a dit beaucoup de bien.
Chez moi, le ‘Gorria’ est très productif : chaque plant donnant une longue tresse à lui tout seul, je n’en plante que six et cela dépasse la consommation de toute une année chez une famille pourtant constituée d’une très grosse pinte d’origines italiennes, d’une lichette de grand-mère marseillaise, d’une pincée de maman pied-noir, et même d’un chouïa de lointains ancêtres espagnols… tout cela pour dire qu’on aime assez le piment ^^ et c’est moi, la plus « auvergnate » du clan qui suis aussi la plus frileuse : on ne me ferait pas manger de harissa à la petite cuillère !
Ces ‘Gorria’, je ne les sème pas car, comme pour les tomates, poivrons et aubergines, ma serre non chauffée ne s’y prête pas et ma maison ancienne, aux murs épais et fenêtres à petits carreaux, ne convient pas non plus faute de luminosité suffisante. Je les achète donc en plants courant mai en jardinerie, je les plante dans un sol bien riche (compost + engrais spécial tomates) en intercalant du basilic entre chaque pied (association parfaite !). Je paille au foin courant juin, j’arrose au microporeux et après je ne m’occupe plus de rien ! Dès fin juillet, nous commençons à couper quelques piments frais par-ci par-là pour nos plats estivaux, puis arrive octobre avec sa grosse récolte…

C’est là qu’il ne faut pas rater la conservation.
Car à Espelette (et dans tout le pays Landais d’une façon générale) les tresses de piments sèchent traditionnellement sur les façades des maisons. Mais c’est dans le Sud-Ouest, et les piments arrivent à maturité plus vite (fin de l’été), au moment où l’air est encore sec et chaud.
Chez moi, il faut attendre octobre pour qu’un max de piments aient viré au rouge. Et octobre en Isère, c’est la brume, la pluie, quelques belles journées ensoleillées aussi, mais pas suffisamment pour sécher les piments sans qu’ils ne risquent de moisir à l’intérieur. Car c’est cela, le gros souci avec les piments : parfois, on pense avoir une belle tresse, bien rouge, bien saine, bien brillante… mais lorsqu’on prélève un piment l’intérieur est tout vert, avec une petite fumée bleutée « saveur roquefort » qui s’échappe au premier coup de ciseaux. Poubelle !
Pour éviter cette déception, voici mon « protocole de séchage des piments en pays froids ^^ ».
-Je les récolte lors d’une journée ensoleillée, je ne les lave pas (poussant en hauteur, ils sont naturellement tout propres).
-À l’aide d’une aiguille à matelas (longue, solide, avec un gros chas), j’enfile les piments sur une ficelle à rôti en les piquant près de la tige mais dans leur chair (et non dans la tige) : ce petit trou aide au séchage interne.
-Je laisse les tresses en plein soleil quelques jours si le temps le permet, mais ensuite je les rentre à la maison et les suspend au-dessus du poêle de la cuisine (que nous allumons quelques heures chaque jour au mois d’octobre), ou d’un radiateur.
En peu de temps la tresse est entièrement séchée, présentant des piments rouge foncé, un peu fripés, légers comme du papier. Il ne reste plus qu’à les ranger, pour ma part je les accroche à un clou sur une poutre blanche de ma cuisine : c’est aussi décoratif que pratique (il suffit de couper aux ciseaux le piment dont on a besoin en laissant bien sa base accrochée à la ficelle afin de ne pas défaire la « tresse ») 😉

Mais les piments verts dans l’histoire ?
Eux, ce sont les pauvres types qui ont fait la grasse mat’ en juillet, ont donc loupé le coche et n’ont pas eu le temps d’arriver à maturité. Ils sont un peu moins savoureux -moins sucrés surtout -mais intéressants tout de même, et il serait dommage de les mettre au compost (pauvres vers de terre, ça leur aurait donné des sensations fortes). On peut les cuisiner en pâte de curry vert (les piments, pas les vers de terre), avec des épices, de l’ail et du vinaigre ; je l’ai fait une fois, sans recette précise, le résultat était sublime mais je ne recommencerai plus car tout a été dévoré en deux semaines et ça ne valait pas le coup de souffrir autant ^^ : doigts qui brûlent pendant trois jours malgré 364 lavages au savon (la prochaine fois je mettrais des gants), ambiance « gazage de mai 68 » dans toute la maison, on toussote, on se racle la gorge, on pleurniche, les yeux nous piquent et du coup on les frotte (avec les mains pleines de capsaïcine, monumentale erreur), bref le « piquant » du piment flotte dans l’atmosphère tout le temps de la cuisson et pour le côté « Home Sweet Home » on repassera.
Du coup, je les mets maintenant au vinaigre, il n’y a rien de plus simple : après avoir coupé les tiges je place les piments crus dans un très grand bocal avec des épices et aromates au choix (graines de coriandre, clou de girofle, laurier, baie de genièvre, poivre noir, graines de moutarde…) puis je recouvre le tout de vinaigre de cidre. Cela se conserve à température ambiante, et on prélève les piments verts pour parfumer les sauces, les plats mijotés, les salades de riz, etc.
Bonus : une fois le bocal terminé on dispose d’une quantité astronomique de vinaigre piquant façon simili-tabasco ^^

Et côté santé ?
N’étant pas médecin (et encore, ils ne sont jamais d’accord entre eux), je ne dispose pas de beaucoup plus de sources que vous, à savoir juste quelques bouquins et, heu, Google ^^.
D’après ces quelques sources il semblerait que le piment soit furieusement anti-inflammatoire, antioxydant, bon pour le système cardio-vasculaire, antibactérien, ami de la digestion et du transit, antifatigue, brûle-graisse, protecteur contre certains cancers et régulateur de la glycémie.
Il paraît aussi que la consommation d’aliments épicés libèrerait dans l’organisme des substances procurant une sensation de bien-être (endorphines et dopamine, les neurotransmetteurs du bonheur). Par conséquent, les repas épicés peuvent contribuer à réduire le stress et à entretenir un état d’esprit positif ^^
Voilà, vous savez tout !











Encore un article très intéressant, article qui a fait remonter chez moi le souvenir du parfum du piment d’Espelette et le goût de la piperade. Il faudrait que j’envisage à en mettre dans mon petit jardin. Et comme toujours, je suis fan de vos photos. Merci pour ce nouvel article.
Merci beaucoup Estelle 🙂
Le piment a vraiment sa place dans un petit jardin car il encombre très peu : on peut même le cultiver en pot !
Bonne soirée à vous,
Marie
Bonsoir
Merci de votre partage de savoir
Une question les piments dans le vinaigre :
Sans chauffer le vinaigre ?
Ils se conservent longtemps ?
Oui, je les mets tels quels dans le vinaigre et ils se conservent quelques mois (on les mange vite donc je ne pourrais par dire combien de temps ils se conservent au maximum ^^)
Bonjour Marie,
Qu’ils sont jolis et gais tous ces piments rouges en photo, c’est tellement joli qu’on n’a pas envie de les manger , mais de les garder en décoration 🙂
J’espérais faire de même avec les miens, mais quand ils sont enfin devenus rouges, dehors il faisait trop humide, et dedans encore trop chaud pour allumer le chauffage. Alors, quand j’ai vu qu’ils commençaient à vouloir moisir au lieu de sécher, je les ai coupés en petits bouts et congelés. Mais je suis frustrée côté visuel…Pour ceux restés verts, j’ai suivi ta recette au vinaigre .
Bon WE et merci pour cet article.
Vous avez bien fait Hélène, ainsi vous les avez sauvés et vous pourrez en profiter longtemps 🙂
Merci pour votre gentil message, et régalez-vous bien !
Marie
Coucou Marie
Merci pour ton article sur les piments.
Tu as cité la variété de Bresse.
J’habite en Bresse et je sais que des personnes se sont essayé à produire des piments de Bresse.
Apparemment le résultat est très bien.
Merci pour ton humour et tes belles photos.
Je t’embrasse très fort
Jacqueline
Oui, il paraît qu’ils sont très productifs et parfumés, même en climat un peu frais 🙂
Je t’embrasse très fort aussi ma chère Jacqueline,
Marie
Bonsoir chère Marie. Voilà encore un article fort intéressant (et toujours avec cette touche d’humour qui me met le sourire, merci mille fois merci). En effet, le piment contient de la capsaïcine, dont plusieurs études universitaires américaines et chinoises ont prouvé une action contre les cellules cancéreuses (avec mon mari atteint d’un cancer, j’ai lu des tonnes d’études et bouquins de spécialistes, c’est tout à fait sérieux). C’est également anti-inflammatoire. Comme toi, je suis fan du piment d’Espelette, malheureusement mes essais au jardin ont été des échecs… le pays Basque n’est pas loin pour pallier à ces cuisants échecs, ouf. Je ne comprends pas ce qui merdouille chez moi. Les poivrons ne sont pas des réussites non plus. Peut-être que ma terre n’est pas assez riche ? Nous avons le soleil, la chaleur, j’arrose suffisamment, mystère. Quant au piment avec le chocolat, mamma mia, que c’est bon ! Je t’embrasse de tout coeur
Ah, quel dommage ! Et qu’est-ce qui a posé souci pour que ce soit un échec, tu n’as pas eu assez de production?
Bonne soirée Caroline ! 🙂
Marie
Saperlipopette ! Je ne m’attendais pas à l’extrait de Tintin au Tibet ! On a les mêmes références, chère Marie.
De bien belles photos, comme toujours. Merci pour cet article piquant ^^ de bon matin.
Bises
Oui oui, ce sont de bonnes références 🙂
Des bises aussi chère Marion,
Marie
Bonjour Marie,
Merci pour cet article qui tombe à pic ! J’ai récolté mes piments Gorria qui étaient mûrs. J’en ai séché une partie au déshydrateur puis je las ai réduits en poudre. c’est tellement plus parfumé que la poudre de piments d’Espelette qu’on achète en supermarché. L’autre partie, je teste de les faire sécher au dessus de ma cheminée parce que je trouve ça joli…ça fait plusieurs jours que je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire de ces pauvres piments verts qui restent sur les pieds. Vous venez de résoudre mon problème, je vais les faire tout simplement au vinaigre, ça devrait plaire à mes enfants qui raffolent des piments Jalapenos.
encore merci ! et bon week-end !
Merci pour ce gentil message Séverine, et régalez bien toute votre famille avec ces bons piments 🙂
Marie
Voilà un article qui a du piquant ! (ok, je sors). Cette année j’ai tenté le semis de piment Gorria (car j’aime beaucoup le piment d’Espelette) mais je suis tellement douée en culture de poivrons, piments et autres aubergines que j’ai eu …. 4piments : un rouge et trois verts… bon, on va mettre ça sur le compte de la canicule 😉
Et bien, qu’à cela ne tienne, je vais les mette dans un petit bocal avec du vinaigre de cidre, j’aurai au moins un aperçu du goût pour le cas où je réussirais l’année prochaine.
Notre ex belle-fille, thaïlandaise est la maman de notre premier petit-fils. Notre fils nous disait que parfois , quand il rentrait dans la cuisine pendant qu’elle cuisinait , il ressortait vite , car c’était « ambiance gazage mai 68 aussi . Mais elle nous préparait des plats (délicieux) moins épicés pour nos palais délicats…
Merci pour ce petit extrait de Tintin, toujours bienvenu!
Je t’embrasse
Oui, certains piments « déménagent » rien que pendant la cuisson ! ET ceux-là, ça promet pour le moment de la dégustation ^^
Je t’embrasse aussi ma chère Pat, et de rien pour Tintin, ça m’a fait trop plaisir 😉
Marie
Bonjour Marie, grand merci pour cet article. Depuis quelques années je cultive aussi mon piment mais je suis dans l’Eure et Loir…donc j’ai des problèmes de séchage…cette année j’ai eu une belle récolte de beaux piments bien rouges…qui se sont empressés de moisir à la maison. Maintenant je sais pourquoi et les survivants vont aller sécher au dessus du poêle. Une petite anecdote rapportée d’Inde ou j’ai vécu: le piquant du piment là bas on le passe avec de la banane et ça marche tres bien…je l’ai expérimenté 🥵🥵😂
Merci Sophie 🙂
Le souci, c’est que je suis mortellement allergique à la banane ^^, mais cela peut rendre service à d’autres personnes 😉
Bonne soirée à toi,
Marie
Chère Marie, encore un super article !
Merci.
En plus je suis concerné…car en habitant à Pau, je suis pas loin du tout de Espelette !!
encore MERCI !
Baudouin.
Ah ah, tu dois bien connaître alors ^^
Est-ce que tu cultives des piments dans ton jardin Baudoin?
Oui un peu mais bon..c’est un peu fort ! ^^
Merci beaucoup pour cette analyse. Dans la Bresse, piments à foison et il me semble en avoir vu semaine dernière. Je vais en acheter et les stocker comme tu le conseilles.
Merci Marie et belle journée.
Oh, tu me diras s’ils sont bons? Depuis que j’en entends parler 🙂
Bonne soirée ma chère Totoche,
Marie
coucou Marie,
Merci pour cet article très interessant sur le piment. chaque année, j’en mets au jardin mm si il n’y a que moi qui les aime. et souvent qd je le cueille, je les mélange avec des poivrons et bien sûre, je ne les reconnais pas. donc tout est mélangé et certains membres le sentent. Je dis rien et rigole en cachette
Et cette année, j’ai mm mis un piment végétarien très très peu piquant. du coup, tout le monde en mange. 🙂
Par contre je n’ai pas testé les piments verts dans du vinaigre. est ce que cela fonctionne comme de la lactofermentation?
Merci pour tout ce temps passé à nous écrire des articles tant beaux qu’instructifs.
passe un doux week end.
bises
ps: j’ai prévu de m’acheter et d’installer un compte goutte pour le potager d’été. pourrais tu me dire (ou me conseiller) lequel tu as stp? et comment cela fonctionne côté installation. car je pense que juste un kit ne suffira pas.
autre chose: j’ai réussi à faire des boutures de tagète lemonii. Je pourrais t’en passer si tu es dans le coin ou si un de tes enfants est pas très loin.
bises
Ma chère Cendrillon,
Pour les piments au vinaigre, cela ressemble plus à des pickles 🙂
Concernant le goutte à goutte, on va aussi changer ; je te dirai et cela peut faire l’objet d’un dossier ce printemps car il y a beaucoup à dire.
Fabuleux pour la tagète Lemonii ! J’essaierai d’en trouver aussi, et sinon on fera du troc via la poste peut-être ?^^
Plein de bises aussi !
Marie